IPDT

Institut de Psychodynamique
du Travail 

Psychanalyse, santé, travail

Historique

     La création de l’Institut de Psychodynamique du travail constitue une étape dans le développement scientifique et institutionnel de la discipline. Cette dernière est issue d’une tradition de recherche spécifiquement française. Les travaux précurseurs datent de l’entre-deux-guerres, mais on admet que sa fondation effective se situe à la fin de la deuxième guerre mondiale[1] sous l’appellation de « Psychopathologie du travail », en même temps que naissait la psychothérapie institutionnelle et la psychiatrie de secteur. Comme ces dernières, elle s’enracine dans la tradition psychiatrique. Un certain nombre de travaux sont publiés dans les deux décennies 1950 et 1960. Après une période de sommeil, la recherche reprend à la fin des années 70 dans une période où les politiques publiques soutiennent activement le développement de la recherche en sciences du travail particulièrement dans le domaine de l’amélioration des conditions de travail (création des commissions d’amélioration des conditions de travail par la loi 73-1195 du 27 décembre 1973. Accord cadre sur le CHSCT du 17 mars 1975), Action RESACT (Recherche Scientifique et Amélioration des conditions de travail). C’est au Conservatoire National des Arts et Métiers, dans le laboratoire d’ergonomie dirigé par Alain Wisner, que se fait la rencontre entre des psychiatres-psychanalystes bénéficiant de bourses de formation à la recherche (RESACT) et des chercheurs en ergonomie. Confrontation interdisciplinaire féconde qui conduit en 1980 à la publication d’un ouvrage : « Travail : usure mentale – Essai de psychopathologie du travail », constituant une première somme scientifique issue d’enquêtes cliniques faites sur le terrain de l’entreprise (Bâtiment et travaux publics, Pétrochimie, renseignement téléphonique, pilotes de chasse, travail à la chaîne dans l’industrie automobile, …). Quelques années plus tard (1983) est créée une Association de recherche (AOCIP : Association pour l’Ouverture du Champ d’Investigation Psychopathologique). En 1990, Christophe Dejours est nommé Professeur titulaire de la chaire de psychologie du travail au Cnam. Il fonde un laboratoire à côté de celui d’Alain Wisner, au 41 rue Gay-Lussac, à Paris, dans le 5ème arrondissement - le laboratoire de psychologie du travail et de l’action – et il introduit des enseignements sur la santé mentale au travail dans le cursus conduisant au titre de psychologue du travail du Cnam (titre RNCP). C’est en 1992 que l’appellation « Psychodynamique du travail » apparaît (Addendum à la 2ème édition de « Travail : usure mentale »). La psychodynamique du travail ajoute à la recherche sur la souffrance et la pathologie mentale au travail (la psychopathologie du travail stricto sensu), champ de recherche qui va connaître un essor considérable, celui du plaisir au travail et de la santé mentale par le travail, les mêmes instruments cliniques et conceptuels étant utilisés pour rendre compte de la souffrance et du plaisir d’une part, de la pathologie et de la normalité d’autre part.
       La recherche en psychodynamique du travail connaît alors un développement international, au Canada et au Brésil d’abord, puis dans d’autres pays d’Europe et d’Amérique Latine.
      En 2005 est créée une nouvelle chaire au Cnam, la chaire de psychanalyse-santé-travail, toujours rue Gay-Lussac à Paris. Développant de nouveaux enseignements au Cnam, Christophe Dejours déplace son équipe de recherche pour rejoindre le laboratoire PCPP (Psychologie clinique, Psychopathologie, Psychanalyse) à l’Université Paris Descartes – Paris V. Ces enseignements ont essaimé dans le réseau des centres régionaux associés du Cnam dans les Dom-Tom (Guadeloupe, Tahiti, Nouvelle Calédonie, Réunion) et en métropole dans plusieurs régions, en particulier à Nantes-Pays de Loire et à Toulouse, où ils connaissent un développement particulièrement important. A Toulouse, un noyau actif d’enseignants et de chercheurs en psychodynamique du travail se constitue qui travaille en étroite collaboration avec le Cnam Paris et le laboratoire PCPP de Paris V.
       En 2018 Christophe Dejours part à la retraite et la chaire Psychanalyse-Santé-Travail disparaît. Les chercheurs, enseignants et praticiens en psychodynamique du travail de Toulouse quant à eux, oeuvrent institutionnellement au sein d’une Association de Santé au Travail Interservices qui connaît un développement important en Occitanie : l’ASTI. Pierre Berna, Président du conseil d’administration et Christophe Maneaud, Directeur donnent un élan significatif à l’élargissement des compétences de l’ASTI et investissent dans le développement du pôle de recherche de leur association. Investissement qui aboutit à la création de l’Institut de recherche en psychodynamique du travail, placé sous la direction scientifique de Christophe Dejours. C’est dans un immeuble situé en face du Ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, au 7 rue Clovis à Paris V, que s’installe l’Institut. Avec une vingtaine de praticiens, de chercheurs et d’enseignants et un secrétariat scientifique, l’Institut est engagé dans des interventions de terrain, des consultations et des psychothérapies spécialisées, des enseignements et formations en psychodynamique et psychopathologie du travail, et dans la recherche scientifique nationale et internationale.
 
[1] Pour l’histoire de la psychopathologie du travail antérieure à la psychodynamique du travail voir I. Billiard (2001), Santé mentale et travail : L’émergence de la psychopathologie du travail. Paris : La Dispute.